Dégradation de Benjamin Myers

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de refermer un livre et de ne pas savoir ce que vous en pensiez ? C’est ce que je ressens avec ma 5e lecture du Prix du Meilleur Polar Points, Dégradation. Pour être honnête, je ne sais pas si j’ai déjà ressenti autant de sentiments contradictoires à propos d’une lecture. Est-ce que j’ai aimé ? Est-ce que j’ai détesté ? Je n’en sais rien parce qu’en trois de jours de lecture, ce roman n’a cessé de me hanter.

Résumé du roman de Benjamin Myers

À la veille de Noël, une jeune fille disparait au cœur de la lande désolée des Yorkshire d’Angleterre. Le détective Brindle, cador aussi pédant qu’obsessionnel, est envoyé de Londres pour assister la police locale. Les heures s’égrènent, écartent la piste de la fugue, et la neige ensevelit tout. Brindle ne tarde pas à dénicher le suspect idéal : un fermier crasseux et reclus, moqué de tous.

Pourra-t-il exhumer les non-dits et percer les secrets de la lande ?

Mon avis sur cette lecture

En ouvrant ce roman, préparez-vous à prendre un uppercut en pleine poire. Je m’attendais à une petite enquête pépère dans la campagne anglaise, mais j’étais complètement à côté de la plaque. À des kilomètres en fait. Pourtant, je croyais être une lectrice avisée niveau violences, meurtres, tortures, etc., mais Benjamin Myers m’a vite, très vite, détrompée.

Dégradation, c’est l’histoire d’un village tranquille au cœur de la campagne des Dales. Tranquille jusqu’à la disparition de la fille d’un propriétaire terrien de la lande. Une ado qui venait passer Noël avec papa et maman, mais qui ne rentrera jamais de sa petite balade à travers champs. Oui, la nature est majestueuse et impitoyable.

Ce livre est un mélange d’enquête, de souvenirs destructeurs et de secrets inavouables. C’est le genre de thriller qui met en lumière la noirceur la plus extrême de l’être humain. Parce qu’on peut bien essayer de se rassurer en se disant qu’il ne s’agit que d’une fiction, il y a tout de même un fond de vérité. Une vérité glaçante : l’exclusion sociale bousille.

Profanation, désespoir et dépravation, c’est une lecture éprouvante, dérangeante.

Ce malaise ne m’empêche pas de reconnaître l’immense talent de Benjamin Myers. J’avais le cœur au bord des lèvres et la tête remplie d’images abominables, pourtant j’ai continué à lire. J’avais envie de le foutre à la poubelle et de regarder un épisode des bisounours, mais l’attraction du sordide était trop forte. Alors j’ai continué à suivre ce rythme étouffant et effréné.

Inconfortable, oppressant et qui glace le sang, Dégradation m’a complètement prise au dépourvu. L’écriture déstabilisante et incisive m’a captivée, le fond m’a terrifiée et la fin, volontairement ouverte, m’a achevée. Je ne sais pas si c’est un coup de cœur ou si l’auteur deviendra ma bête noire littéraire. Ma seule certitude : Dégradation est un diamant brut du roman noir.

“Parce que le monde est un endroit sombre et chaotique gouverné par le désordre le désir et l’impulsion. Parce que rien n’a de sens et que si on y réfléchit trop on n’a plus qu’une envie : se foutre en l’air.”

Publié aux éditions du Seuil, mon exemplaire est une édition Points.

Comments

  1. horizondesmots Répondre

    J’avais adoré ce bouquin (même s’il faut en effet avoir le coeur bien accroché et l’estomac solide !). Et j’ai beaucoup aimé le duo formé par le détective et le journaliste, très attachants tous les deux. Apparemment c’est le premier tome d’une série d’enquêtes, à suivre…

    • Jessica Répondre

      J’ai été moins sensible au duo journaliste/détective car je trouve qu’il n’a rien d’inédit. Je trouve que c’est vraiment l’histoire en elle-même et l’écriture de Benjamin Myers qui apporte une saveur très particulière à cette lecture. Et j’avoue que même s’il m’a vraiment perturbée au départ, je pense que je m’y frotterais à nouveau quand même (une tendance masochiste ? lol ).
      J’ai vu la même info : premier d’une saga, affaire à suivre donc ! 🙂

Et vous, vous en pensez quoi ?

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